Chaque 02 août, la Nation congolaise et sa diaspora commémorent le GENOCOST. Cette date, désormais consacrée comme journée officielle par l’État congolais, rappelle au monde une réalité longtemps tue, souvent ignorée, mais dont les conséquences continuent de peser lourdement sur le destin du pays : une guerre économique systémique, marquée par de massacres, de violences sexuelles, de déplacements massifs et de pillage des ressources naturelles.
Trente années se sont écoulées, mais les plaies restent ouvertes. Derrière les chiffres et les statistiques, il y a des vies brisées, des familles détruites, des territoires meurtris. C’est pour cela que la République démocratique du Congo, forte de la résilience de son peuple, exige désormais justice et réparation.
Le concept de GENOCOST, contraction des termes « génocide » et « coût », traduit une réalité complexe et profondément ancrée dans l’histoire contemporaine du pays. Il met en lumière le lien étroit entre les violences extrêmes perpétrées, notamment dans l’Est de la RDC, et l’exploitation illégale des ressources naturelles à des fins économiques.
Depuis 2012, la campagne GENOCOST est portée par Congolese Action Youth Platform (CAYP), une organisation de la société civile fondée au Royaume-Uni, en France et en RDC. À travers cette initiative, la société civile congolaise et la diaspora ont su structurer un plaidoyer international visant à obtenir la reconnaissance du génocide congolais et la mise en place d’un mécanisme judiciaire international pour juger les crimes commis.
Les données issues du rapport Mapping des Nations Unies de 2010 dressent un tableau accablant : plus de 617 massacres documentés, des dizaines de milliers de cas de violences sexuelles, et un rythme estimé à 48 viols par heure durant certaines périodes du conflit. Ces chiffres, bien qu’alarmants, ne reflètent qu’une partie de l’ampleur réelle des souffrances endurées.
Figure emblématique de ce combat, Dr. Debora Kayembe incarne avec force et constance la voix des victimes. Après avoir assumé le rôle de marraine de la campagne en 2024, elle a été à nouveau désignée par CAYP pour l’année 2026. Une reconnaissance de son leadership et de son plaidoyer infatigable en faveur des droits humains.
Dans ce cadre, elle interviendra lors de la 13ème cérémonie de commémoration du GENOCOST à Londres, organisée sous le thème: « Justice, Mémoire et Dignité ». Un triptyque qui résume à lui seul les aspirations profondes du peuple congolais.
Au fil des années, la campagne GENOCOST s’est structurée autour de plusieurs revendications, adressées à la communauté internationale, aux gouvernements et aux acteurs économiques, entre autres :
- La reconnaissance officielle du GENOCOST et la préservation de la mémoire des victimes ;
- Justice et réparation ;
- La création d’un tribunal pénal international dédié à la RDC, afin de mettre un terme définitif à l’impunité ;
- L’instauration d’une traçabilité stricte des chaînes d’approvisionnement des ressources naturelles, garantissant la souveraineté du peuple congolais sur ses richesses.
Depuis son lancement, la campagne GENOCOST a enregistré des avancées notables. Parmi celles-ci, la reconnaissance officielle du 02 août comme journée commémorative par le Gouvernement congolais, à travers la mise en place du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV) en 2022.
Par ailleurs, des actions de plaidoyer ont été menées auprès du Parlement européen, notamment avec l’appui de la députée Rima Hassan, ainsi qu’auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, en vue de promouvoir la création d’un tribunal pénal international pour la RDC. Ces efforts traduisent une dynamique encourageante, mais encore insuffisante face à l’ampleur des attentes.
Au-delà de la commémoration, le GENOCOST est à ce jour un appel universel à la conscience humaine, rappelant que l’indifférence est complice, que le silence est une forme de renoncement, et que la justice différée est une justice refusée.
Contactée par notre rédaction, le Dr. Debora Kayembe a souligné que : « l’enjeu de la campagne GENOCOST dépasse le simple devoir de mémoire. Il s’agit de reconstruire un avenir fondé sur la justice, la dignité humaine, la souveraineté du peuple Congolais et une paix durable dans la région. Il s’agit, surtout, de garantir que de telles atrocités ne puissent jamais se reproduire. »
