Sous Félix Tshisekedi, la République Démocratique du Congo continue de consolider sa place parmi les économies africaines à forte croissance. Résilience macroéconomique, performances minières, maîtrise de l’inflation, accumulation des réserves de change, réformes structurelles et ouverture aux marchés financiers internationaux : les indicateurs dessinent les contours d’une nouvelle ambition pour les Congolais.
Les statistiques seules ne peuvent améliorer les conditions de vie de citoyens, il faut, en effet, convertir ce nouvel élan en croissance soutenue, en emplois, en infrastructures et en amélioration durable du niveau de vie des Congolais.
□ Les chiffres ne mentent pas et les indicateurs économiques dans le.pays sont… dans le vert
Longtemps caractérisée par un immense potentiel naturel insuffisamment valorisé, une faible diversification productive et une vulnérabilité persistante aux chocs extérieurs, la RDC évolue désormais dans un environnement économique où la croissance, la stabilité monétaire et les perspectives d’investissement commencent, peu à peu, à changer.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en janvier 2019, le pays a engagé plusieurs réformes économiques et financières, poursuivi sa coopération avec les institutions de Bretton Woods et cherché à renforcer sa crédibilité auprès des partenaires internationaux.
Cette période a également été marquée par des chocs considérables : pandémie de COVID-19, volatilité des cours des matières premières, tensions géopolitiques et persistance du conflit armé dans l’Est. Pourtant, l’économie congolaise a maintenu une croissance soutenue.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance du produit intérieur brut réel a atteint 6,1% en 2024, avant de s’établir à environ 5,6% en 2025.
Pour 2026, l’institution projette une progression de 5,7%, puis de 5,3% en 2027, d’après les données de son examen des programmes économiques publié en juin 2026.
Ces résultats démontre la capacité de résistance économique appréciable en RDC malgré le contexte particulièrement difficile.
Toutefois, le véritable enjeu dépasse désormais la croissance du PIB. Il consiste à déterminer si le pays peut transformer cette dynamique en une puissance économique diversifiée, capable de financer son développement, d’attirer durablement les capitaux et de créer des richesses bénéficiant à une part croissante de sa population.
Voici donc, les grandes lignes de ce dossier :
I. UNE CROISSANCE ÉCONOMIQUE QUI PLACE LA RDC PARMI LES ÉCONOMIES LES PLUS DYNAMIQUES DU CONTINENT
□ Une progression soutenue malgré les turbulences internationales
En économie, la croissance constitue le premier indicateur permettant d’apprécier la trajectoire économique d’un pays.
Dans le cas de la RDC, les dernières années ont confirmé la résistance de l’activité économique, portée notamment par le secteur minier, mais aussi par la progression des services, de la construction et d’autres activités non minières.
Les données du FMI permettent de dégager une tendance particulièrement intéressante :
□ 2024 :
■ croissance du PIB réel : 6,1%
■ croissance du secteur extractif : 11,9%
■ croissance du secteur non extractif : 4,1%
□ 2025 :
■ croissance du PIB réel : 5,6%
■ croissance du secteur extractif : 10,1%
■ croissance du secteur non extractif : 3,1%
□ 2026 (projections) :
■ croissance du PIB réel : 5,7%
■ croissance du secteur extractif : 8,6%
■ croissance du secteur non extractif : 4,7%
□ 2027 (projections)
■ croissance du PIB réel : 5,3%
■ croissance du secteur extractif : 5,0%
■ croissance du secteur non extractif : 5,4%
Source : FMI, examen des programmes économiques et consultation au titre de l’article IV, juin 2026.
Les données de 2026 et 2027 sont des projections, non des résultats définitifs.
Ces chiffres révèlent deux phénomènes importants :
Le premier est la capacité de l’économie congolaise à maintenir un rythme de croissance supérieur à 5% malgré les incertitudes internationales et les contraintes sécuritaires intérieures.
Le second, plus stratégique, est l’évolution attendue de la structure de cette croissance.
Alors que le secteur extractif devrait progressivement ralentir, la contribution des activités non extractives est appelée à se renforcer.
Le FMI anticipe notamment une accélération de leur croissance, de 3,1% en 2025 à 4,7% en 2026, puis à 5,4% en 2027.
En effet, une économie qui dépend exclusivement de ses ressources naturelles reste exposée aux variations des cours mondiaux.
À l’inverse, une économie capable de développer simultanément son agriculture, son industrie manufacturière, ses transports, ses télécommunications, son commerce et ses services financiers acquiert une capacité de résistance supérieure.
La diversification productive représente donc l’une des conditions essentielles du changement de dimension économique de la RDC.
II. LA STABILITÉ MACROÉCONOMIQUE
Une croissance économique solide ne suffit pas, à elle seule, à garantir la stabilité d’un pays. Encore faut-il maîtriser l’inflation, préserver la valeur de la monnaie, constituer des réserves internationales et maintenir la soutenabilité des finances publiques.
Encore une fois, les chiffres refusent de se taire…
□ L’inflation en recul significatif depuis 2024
Dans unz économie, l’inflation représente l’un des principaux indicateurs du pouvoir d’achat des ménages et de la stabilité macroéconomique.
En RDC, la hausse des prix avait atteint des niveaux élevés en 2024, dans un contexte marqué par les tensions sur le marché des changes, les coûts d’importation et les déséquilibres monétaires.
Selon les données du FMI, l’inflation moyenne annuelle est passée de 17,7% en 2024 à environ 7,7% en 2025. À la fin de 2025, la variation annuelle des prix à la consommation était estimée à 4,3%.
Le FMI a ensuite relevé une inflation annuelle de seulement 2,5% à la fin avril 2026, après l’appréciation du franc congolais observée à partir d’octobre 2025.
Cette évolution constitue une amélioration importante de l’environnement macroéconomique. Car une inflation plus faible facilite la planification des dépenses des ménages, réduit l’incertitude pour les entreprises et améliore, toutes choses égales par ailleurs, la visibilité des décisions d’investissement.
Elle peut également offrir à la Banque des banques, une marge de manœuvre pour adapter sa politique monétaire.
Toutefois, il importe de préciser que la baisse de l’inflation ne signifie pas que les prix reviennent automatiquement à leur niveau antérieur. Elle signifie principalement que leur progression ralentit.
En effet, pour une population confrontée à un coût de la vie élevé, la différence est généralement considérable.
□ La politique monétaire… une marge de manœuvre que la RDC retrouve
La Banque Centrale du Congo (BCC) a adapté son taux directeur à l’évolution de la conjoncture.
Après avoir atteint 17,5%, ce taux a été abaissé à 15% en janvier 2026, puis à 13,5% en avril, avant d’être ramené à 12,5% en juillet 2026.
Ces décisions traduisent une évolution de la politique monétaire dans un environnement où les pressions inflationnistes s’étaient atténuées. En principe, une réduction du taux directeur peut contribuer à diminuer le coût du refinancement bancaire et à faciliter le financement de l’activité économique.
Néanmoins, la transmission de cette politique au crédit accordé aux entreprises et aux ménages dépend également de la concurrence bancaire, des risques de crédit, du niveau de dollarisation et de la confiance des agents économiques.
Il serait donc prématuré de conclure que la baisse du taux directeur se traduit déjà par un accès généralisé au crédit à des conditions abordables.
Le véritable indicateur de réussite ici, sera la capacité du système financier Congolais à transformer cette amélioration (monétaire) en financements productifs pour les entreprises congolaises.
□ Les réserves internationales… Quid ?
Pour faire simple, les réserves internationales représentent les actifs en devises dont dispose la Banque Centrale pour contribuer à la stabilité du pays.
Elles jouent donc un rôle essentiel dans la capacité d’une économie à faire face aux chocs, à honorer certains paiements extérieurs et à soutenir la confiance dans sa monnaie.
D’après le FMI, les réserves internationales de la RDC ont atteint 8,8 milliards de dollars américains à la fin mars 2026.
En juillet 2026, la Banque Centrale du Congo a indiqué que leur niveau s’établissait à 8,18 milliards de dollars à la fin juin, correspondant à 3,12 mois de couverture des importations de biens et services.
Ces chiffres proviennent de dates et de publications différentes. Leur comparaison ne permet donc pas, à elle seule, de conclure à une baisse durable des réserves : les méthodes de valorisation, les mouvements de change et les autres opérations extérieures peuvent également influer sur leur niveau.
À ce niveau, l’indicateur le plus utile est la couverture des importations. En effet, le seuil conventionnel de trois mois constitue un repère fréquemment utilisé pour apprécier l’adéquation des réserves d’un pays.
Le FMI considérait encore, à la fin mars, que les réserves congolaises demeuraient légèrement inférieures à ce seuil de référence.
La donnée de la Banque centrale pour juin montre néanmoins une couverture légèrement supérieure à trois mois. Cette évolution est importante pour une économie fortement dépendante des importations de biens, de produits alimentaires, de carburants et de nombreux produits manufacturés.
Le renforcement des réserves améliore la capacité de résistance extérieure de la RDC, même s’il ne supprime pas sa vulnérabilité aux chocs sur les matières premières et les importations.
III. LE CUIVRE, COBALT…
La RDC occupe une position stratégique dans l’économie mondiale en raison de ses ressources naturelles. Le cuivre est indispensable aux réseaux électriques, aux infrastructures énergétiques, aux véhicules électriques et à de nombreuses applications industrielles.
Le cobalt conserve, quant à lui, une importance dans certaines technologies de batteries et dans plusieurs applications industrielles, même si les évolutions technologiques et les stratégies de diversification des fabricants peuvent modifier la demande à long terme.
À ces ressources s’ajoutent notamment l’or, le coltan, le lithium et d’autres substances minérales dont le potentiel économique dépend de leur exploitation, de leur transformation et de leur accès aux marchés.
□ Une demande internationale qui renforce le poids stratégique de Kinshasa
La transition énergétique, l’électrification des transports et le développement des infrastructures numériques augmentent les besoins mondiaux en certains minerais.
Dans ce contexte, la RDC dispose d’un avantage structurel : elle possède des ressources dont plusieurs économies industrielles ont besoin pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
Cette position peut renforcer son pouvoir de négociation auprès des partenaires étrangers. Mais il convient de distinguer deux réalités :
La première est le poids de la RDC dans l’approvisionnement mondial en minerais.
La seconde est la part de la valeur ajoutée effectivement conservée dans l’économie congolaise.
L’extraction et l’exportation de matières premières génèrent des recettes d’exportation, des impôts, des redevances et des emplois.
Cependant, les opérations de raffinage, de transformation avancée, de fabrication de composants et de commercialisation spécialisée peuvent concentrer une part importante de la valeur ajoutée à l’étranger.
La stratégie économique de long terme pour la RDC devrait donc chercher à augmenter la part des activités industrielles réalisées sur le territoire national.
Il est connu de tous que pour les finances publiques, une croissance minière moins dynamique peut ralentir l’augmentation des recettes, particulièrement lorsque les cours internationaux deviennent moins favorables.
La RDC doit ainsi profiter de sa position actuelle pour investir dans les infrastructures, l’énergie, la logistique et les compétences susceptibles de soutenir sa compétitivité au-delà du cycle des matières premières.
□ Le corridor de Lobito, une opportunité logistique et géoéconomique
Le corridor de Lobito constitue l’un des projets importants susceptibles de modifier les conditions d’accès des minerais congolais aux marchés internationaux.
Ce corridor vise à renforcer la liaison ferroviaire entre les régions minières de la RDC et de la Zambie, l’Angola et la façade atlantique.
Son intérêt dépasse la seule question du transport. Car une logistique plus efficace peut réduire les coûts d’acheminement, améliorer la compétitivité des exportations, faciliter l’investissement industriel et renforcer les échanges régionaux.
En février 2026, Reuters rapportait que la Société américaine de financement du développement international avait pris un engagement de financement de 530 millions de dollars sous la forme d’un prêt direct destiné à l’opérateur privé du projet.
Cet engagement ne doit pas être confondu avec un décaissement intégral ni avec l’achèvement du corridor. Sa concrétisation dépend notamment des accords, des travaux et des conditions de mise en œuvre.
Le corridor représente néanmoins une parfaite démonstration de l’intérêt des partenaires internationaux pour les ressources et les infrastructures stratégiques de la RDC.
IV. LA RDC ET LES MARCHÉS FINANCIERS INTERNATIONAUX… UNE NOUVELLE ÉTAPE DE CRÉDIBILITÉ
L’une des évolutions les plus significatives de la stratégie financière actuelle de la RDC est la volonté de renforcer son accès aux marchés internationaux de capitaux.
Pour comprendre cet enjeu, il faut rappeler qu’un État ne se finance pas uniquement par les impôts, les redevances minières, les dons ou les prêts concessionnels accordés par les institutions de développement.
Il peut également mobiliser des financements sur les marchés obligataires, en émettant des titres de dette souscrits par des investisseurs internationaux.
Cette possibilité offre des ressources supplémentaires, mais implique des obligations financières précises, dont notamment :
□ Les notations souveraines
Rappelons qu’en janvier 2026, l’agence de notation S&P Global Ratings a relevé de « stable » à « positive » la perspective associée à la note souveraine de la RDC, tout en maintenant sa notation à long terme à B-.
Cette évolution constitue un signal favorable pour la perception du risque souverain.
Elle traduit, à ce titre, une appréciation plus optimiste de la trajectoire économique et des perspectives de réformes, notamment en matière de recettes publiques et de stabilité macroéconomique.
Il faut toutefois bien interpréter une perspective positive : elle ne signifie pas que la RDC a automatiquement obtenu une nouvelle note souveraine ni qu’elle bénéficie désormais de conditions d’emprunt comparables à celles des économies les plus solides.
La perspective positive indique plutôt que l’agence estime qu’une amélioration de la notation pourrait devenir possible si certaines conditions sont réunies.
Cette nuance est importante parce que la crédibilité financière internationale se construit progressivement et dépend de résultats durables, aussi à court, moyen et long-terme.
□ L’Eurobond
En février 2026, on rapportait déjà que le gouvernement congolais préparait une première émission obligataire internationale d’environ 750 millions de dollars.
L’ambition affichée était notamment de financer des projets d’infrastructure et d’établir une présence sur les marchés internationaux de dette, afin de faciliter, à terme, l’accès des acteurs privés congolais aux capitaux.
Il y a lieu de noter ici qu »un État qui accède aux marchés internationaux peut diversifier ses sources de financement, élargir sa base d’investisseurs et améliorer sa capacité à mobiliser des capitaux pour certains investissements importants.
Mais une émission obligataire ne constitue pas, en elle-même, un enrichissement. C’est ce que rapportait déjà notre article du mois d’avril 2026.
En effet, un Eurobond est un emprunt qui doit être remboursé, généralement avec des intérêts libellés en devises étrangères.
Si les ressources empruntées financent des infrastructures productives capables de soutenir la croissance future, l’opération peut contribuer au développement.
En revanche, si les fonds sont utilisés pour des dépenses peu productives, si les projets accusent des retards ou si les conditions financières sont trop coûteuses, le poids du service de la dette peut devenir une contrainte budgétaire.
Le gouvernement doit donc veiller à trois impératifs : sélectionner rigoureusement les projets, assurer la transparence des décaissements et publier des informations permettant de mesurer les résultats économiques des investissements.
L’enjeu n’est pas simplement d’emprunter à l’international, mais de démontrer que chaque dollar mobilisé produit une valeur économique suffisante pour justifier son coût.
V. FMI, BANQUE MONDIALE ET PARTENAIRES, LA RECONNAISSANCE D’UNE TRAJECTOIRE, MAIS AUSSI DES EXIGENCES
La crédibilité économique internationale d’un pays ne repose pas uniquement sur les déclarations de ses dirigeants.
Elle dépend aussi de l’évaluation de ses politiques publiques par les institutions financières internationales, de sa capacité à respecter ses engagements et de la qualité de ses données économiques.
VIII. 2026-2030 : QUELLES PERSPECTIVES POUR L’ÉCONOMIE CONGOLAISE ?
Les projections disponibles dessinent une perspective de croissance relativement robuste à moyen terme, mais cette trajectoire reste conditionnelle.
La Banque mondiale prévoit une croissance moyenne de 5,1% sur la période 2026-2028. Le FMI anticipe, pour sa part, une croissance de 5,7% en 2026 et de 5,3% en 2027.
Ces projections suggèrent que la RDC pourrait continuer à progresser à un rythme soutenu, à condition de préserver la stabilité macroéconomique et de limiter les conséquences économiques du conflit dans l’Est.
La trajectoire économique actuelle de la République Démocratique du Congo mérite d’être examinée avec attention.
Une croissance supérieure à 5% en 2025 et attendue à 5,7% en 2026 selon le FMI, un recul marqué de l’inflation par rapport à 2024, un renforcement des réserves internationales et une perspective souveraine devenue positive chez S&P Global Ratings constituent des signaux encourageants.
À ces indicateurs s’ajoutent la poursuite des programmes économiques avec le FMI, les ambitions d’accès aux marchés internationaux de capitaux, les projets d’infrastructures stratégiques et une forte présence diplomatique.
Sous la présidence de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, la RDC cherche ainsi à renforcer davantage sa crédibilité macroéconomique et à faire reconnaître son importance dans les chaînes de valeur mondiales.
Il serait toutefois excessif de considérer que le pays a déjà achevé sa transformation économique. La pauvreté demeure massive. La diversification productive reste insuffisante. Les besoins en infrastructures sont considérables. Le conflit dans l’Est exerce une pression sur les finances publiques et la dépendance aux matières premières continue d’exposer l’économie aux chocs extérieurs.
Cependant, le véritable succès se mesurera à la capacité de la RDC à convertir ses avantages naturels en emplois, ses recettes minières en infrastructures, sa stabilité monétaire en pouvoir d’achat et sa visibilité internationale en investissements dans son territoire.
Le pays possède des atouts considérables pour devenir une puissance économique de premier plan en Afrique. Mais le potentiel ne devient une puissance que lorsqu’il est transformé en capacités productives et en prospérité partagée.
La RDC retrouve progressivement sa place plus dans les discussions économiques et géopolitiques mondiales. Le prochain défi est de faire en sorte que cette reconnaissance internationale se traduise concrètement dans les entreprises, les territoires et les conditions de vie des Congolais.
C’est à cette condition que le réveil économique du géant congolais pourra devenir une transformation pour son peuple.
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