Le samedi 28 février 2026 restera, sans nul doute, comme une date charnière dans l’histoire géopolitique actuelle. À l’aube, alors que les places financières asiatiques s’apprêtaient à clôturer leurs séances hebdomadaires, les premières dépêches ont commencé à circuler : des frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël visaient des infrastructures stratégiques en Iran.
En quelques heures, l’équilibre déjà fragile du Moyen-Orient a basculé dans une confrontation ouverte dont on ne n’avait pas vu depuis plus de 20ans maintenant au Moyen-Orient.
Mais c’est dans la soirée de cette même journée qu’un second choc, plus profond encore, a traversé le monde entier : la télévision nationale iranienne a officiellement confirmé la mort du Guide suprême, Ali Khamenei.
L’annonce a été suivie de déclarations de hauts responsables iraniens appelant à l’unité nationale et à la résistance. Cette confirmation a levé toute ambiguïté : la République islamique entrait simultanément dans une guerre extérieure et dans une transition interne d’une ampleur historique.
La disparition du Guide suprême n’est pas un simple événement. En effet, dans l’architecture constitutionnelle iranienne, il concentre l’autorité religieuse, militaire et stratégique. Il nomme les chefs des forces armées, influence la politique étrangère et arbitre les grandes orientations de l’État. Son décès, dans un contexte de conflit armé, crée une situation d’une rare complexité.
Sommes-nous à l’aube d’un basculement durable de l’ordre régional ?
Et surtout, cette guerre constitue-t-elle l’événement déclencheur du choc financier que nombre d’analystes redoutaient depuis des mois ?

« Une guerre régionale au Moyen-Orient n’est jamais régionale longtemps. »
— Henry Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat des Etats-Unis
L’histoire lui donne raison : De la guerre du Kippour aux interventions en Irak, chaque embrasement moyen-oriental a provoqué des ondes de choc énergétiques et financières mondiales.
La nouveauté aujourd’hui réside dans la simultanéité des crises : conflit militaire ouvert et vacance du pouvoir suprême en Iran. La disparition confirmée d’Ali Khamenei ouvre une séquence d’incertitude. Toutefois, le Conseil des experts devra désigner un successeur, mais dans un climat de tension extrême, ce qui semble être difficile pour le moment, surtout avec la volonté du Président américain, Donald Trump, de changer complètement le régime Iranien.
Une lutte interne entre factions conservatrices et gardiens de la ligne dure n’est pas à exclure.
« Les crises géopolitiques deviennent systémiques lorsqu’elles coïncident avec des fragilités économiques préexistantes. »
— Niall Ferguson, économiste et historien
En effet, ces fragilités sont bien réelles dans les économies du monde entier : marchés actions proches de sommets historiques avec un risque imminent d’un crash, endettement public mondial record, tensions inflationnistes persistantes et dépendance énergétique.
Dans ce contexte, la guerre n’est pas un événement isolé. Elle agit comme un amplificateur des risques et d’incertitude.
Les marchés financiers et les incertitudes…

Les marchés financiers n’aiment pas l’incertitude. Ils la fuient. Et lorsque l’incertitude devient existentielle, ils paniquent.
Les marchés d’actions mondiaux pourraient ouvrir ce lundi 02 mars dans une volatilité extrême. Les contrats à terme, les options de couverture et les indices seront scrutés dès les premières secondes.
Les valeurs technologiques, déjà jugées surévaluées par une partie des analystes, pourraient être les premières victimes d’une rotation brutale. Depuis deux ans, la thématique de l’intelligence artificielle a porté les capitalisations à des niveaux vertigineux, alimentant des multiples de valorisation rarement observés hors périodes d’euphorie.
« Les bulles éclatent toujours lorsqu’un choc externe révèle leur fragilité interne. »
La guerre actuelle pourrait précisément jouer ce rôle de révélateur. Non pas la cause unique d’un krach, mais l’élément déclencheur d’un ajustement longtemps différé.
L’histoire des marchés financiers ne change pas, elle se repète, encore et encore. En effet, lorsque les excès s’accumulent dans l’optimisme, ils se corrigent très souvent dans la peur. C’est ce qui risque de se passer en ce début du mois de mars.
L’or : refuge ou territoire de spéculation ?
Vendredi dernier, l’or s’échangeait déjà au-delà de 5.280$ l’once, un niveau historique qui traduit une accumulation de tensions rarement observée : rivalités géopolitiques, dette mondiale, incertitudes monétaires, défiance croissante envers certaines devises.
« L’or, c’est de l’argent. Tout le reste, c’est du crédit. »
En période de guerre, cette distinction redevient centrale. L’or n’est pas seulement une matière première ; il est une assurance contre l’instabilité et les incertitudes.
Si l’escalade militaire s’intensifie cette semaine, l’or pourrait poursuivre sa trajectoire ascendante, porté par les flux de capitaux cherchant sécurité et liquidité. Mais une désescalade rapide, même partielle, pourrait provoquer des corrections tout aussi spectaculaires.
Le pétrole : la bombe énergétique
Le véritable thermomètre de cette crise ne sera peut-être ni l’or ni les actions, mais le pétrole.
L’OPEP et les routes maritimes stratégiques du Golfe concentrent l’attention des opérateurs. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, constitue un point important sur quoi nous devons porter notre attention. Toute menace crédible de blocage ou de perturbation logistique pourrait entraîner une flambée immédiate des cours dès l’ouverture des marchés.
Si le baril s’envole dès l’ouverture du lundi 02 mars, les marchés actions pourraient décrocher violemment ; les banques centrales seraient confrontées à un dilemme : resserrer pour contenir l’inflation ou assouplir pour éviter la récession ; les monnaies émergentes, particulièrement dépendantes des importations énergétiques, subiraient une forte pression.
Un choc énergétique majeur pourrait raviver le spectre de la stagflation — ce scénario redouté où croissance faible et inflation élevée coexistent.
Mon tweet du 26 janvier, une prémonition ?
Le 26 janvier dernier, j’écrivais sur X : « Avec la valorisation actuelle de l’or, les tensions géopolitiques, la bulle spéculative de l’IA et, à en croire à la théorie de Benner’s cycle, tout semble indiquer qu’un crash boursier serait en cours cette année. Seulement, l’événement qui le déclencherait demeure encore inconnu. »
La théorie du cycle de Benner évoque l’alternance récurrente entre périodes d’euphorie spéculative et phases de correction brutale. Elle ne prédit pas l’événement déclencheur ; elle suggère simplement que les cycles financiers obéissent à une logique de tension et de relâchement.
Cette guerre est-elle l’étincelle attendue ?
L’histoire financière enseigne que les crises majeures ne naissent pas du néant. Elles émergent lorsque des déséquilibres latents rencontrent un choc externe.
Vers un nouvel ordre mondial ?
Au-delà des marchés, la question centrale demeure géopolitique. L’axe Moscou–Téhéran–Pékin se consolidera-t-il face à la pression occidentale ? Ou Téhéran est seul face à cette pression occidentale ? L’Occident sera-t-il entraîné dans une confrontation élargie ? Les équilibres énergétiques et diplomatiques régionaux seront-ils redessinés ?
« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »
— Général Charles de Gaule
Dans cette logique, chaque puissance ajustera sa posture en fonction de ses intérêts. Les alliances ne sont pas figées ; elles évoluent sous la pression des circonstances.
Nous pourrions assister à une recomposition progressive des blocs d’influence, avec des conséquences sur les flux commerciaux, les chaînes d’approvisionnement et les investissements internationaux.
Un monde au bord du basculement
Les prochaines quarante-huit heures seront déterminantes. Les marchés asiatiques donneront le ton, suivis par l’Europe puis les États-Unis.
Si l’escalade militaire se confirme et si l’instabilité politique iranienne s’aggrave après la mort confirmée d’Ali Khamenei, nous pourrions assister à une fuite massive vers les actifs refuges, une correction brutale des marchés actions et une flambée immédiate du pétrole.
