Il est connu de tous que dans la sphère médiatique congolaise, certaines accusations naissent parfois moins des faits que des intérêts qu’elles dérangent. Depuis plusieurs mois, la Direction Générale des Douanes et Accises, plus connue sous le sigle DGDA, ainsi que son Directeur Général, Bernard Kabese Musangu, font l’objet d’une intense campagne médiatique autour du dossier dit « American Fresh Food ».
Au cœur des attaques : une accusation spectaculaire de détournement présumé de 61 millions de dollars américains. Une somme énorme, un chiffre choc, relayé dans certains médias et sur les réseaux sociaux. Pourtant, derrière le vacarme médiatique, une question mérite cependant d’être posée : ce fils maison de la DGDA, douanier chevronné reconnu pour sa rigueur dans la gestion de la chose publique et pour avoir hissé cet établissement au premier rang des régies financières de la RDC seulement quelques mois après sa prise de fonctions, peut-il réellement être mêlé à de telles accusations ?
𝗣𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗮𝘁 : 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗮𝗱𝗶𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗹𝗲 𝗰𝗵𝗲𝗳 𝗱𝗲𝘀 𝗮𝗰𝗰𝘂𝘀𝗮𝘁𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗲𝘁 𝗱𝗲𝘀 𝗶𝗺𝗽𝘂𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻𝘀 𝗾𝘂𝗶 𝗿𝗲𝗽𝗼𝘀𝗲𝗻𝘁 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝘃𝗶𝗱𝗲 𝗰𝗼𝗺𝗽𝘁𝗮𝗯𝗹𝗲
Dans toute affaire de détournement, les règles sont pourtant claires. Pour établir un détournement, il faut démontrer plusieurs éléments fondamentaux : l’existence effective d’un paiement ; la traçabilité comptable des fonds ; l’enregistrement officiel dans les comptes de l’institution et la preuve d’une sortie frauduleuse ou d’une appropriation illicite.
Or, dans le dossier « American Fresh Food », aucun document public connu ne démontre que les fameux 61 millions USD auraient été effectivement versés à la DGDA.
Aucune preuve bancaire rendue publique.
Aucun rapport officiel établissant l’encaissement.
Aucune décision judiciaire condamnant la DGDA.
Aucune démonstration comptable d’une disparition des fonds.
La question devient alors celle de savoir comment parler de détournement d’un montant qui, selon les éléments disponibles publiquement, n’aurait jamais été encaissé ?
Cette contradiction majeure est pourtant rarement mise en avant dans certaines publications sensationnalistes qui préfèrent les titres accrocheurs aux démonstrations factuelles.
𝗗𝗲𝘂𝘅𝗶𝗲̀𝗺𝗲 𝗰𝗼𝗻𝘀𝘁𝗮𝘁 : 𝘂𝗻𝗲 𝗺𝗲́𝗰𝗮𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲 𝗱𝗲 𝗱𝗶𝗮𝗯𝗼𝗹𝗶𝘀𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻
Notre rédaction a pu, dans son investigation, recueillir certains autres éléments à l’interne ainsi qu’auprès de certains observateurs… Des éléments qui s’apparentent à une véritable stratégie de diabolisation médiatique visant la DGDA et son Directeur Général.
En effet, dans un contexte souvent marqué par des rivalités internes, des résistances aux réformes et des intérêts économiques puissants, les campagnes de discrédit deviennent parfois des armes de pression.
Selon plusieurs analyses relayées dans la presse congolaise, les attaques répétées contre Bernard Kabese Musangu seraient davantage liées aux changements engagés au sein de la DGDA qu’à des faits judiciairement établis.
Le phénomène n’est pas nouveau : lorsqu’une institution commence à renforcer les mécanismes de contrôle, à limiter certaines pratiques opaques et à imposer davantage de discipline administrative, les oppositions se multiplient.
L’administration douanière Congolaise sous l’ère Kabese : Engagée dans les réformes et dans la maximisation des recettes pour le compte du Trésor public
Pendant que les polémiques occupent les réseaux sociaux, plusieurs indicateurs mettent pourtant en avant les avancées réalisées par la DGDA ces dernières années.
Parmi les réformes souvent citées figurent : la modernisation des procédures douanières ; la digitalisation des services ; le renforcement du contrôle interne ; l’amélioration de la mobilisation des recettes publiques ; le dépassement constant des assignations budgétaires, répondant ainsi au rendez-vous de la maximisation des recettes pour le compte du Trésor public, conformément au contrat de performance avec le Ministère des Finances.
Ces évolutions ont contribué à repositionner la DGDA comme un acteur stratégique dans la mobilisation des ressources de l’État congolais, ressources qui aident à financer les politiques du Gouvernement.
Pour plusieurs analystes, ce contexte pourrait expliquer pourquoi certaines forces hostiles chercheraient à fragiliser l’image de l’institution à travers son premier responsable.
Dans un État de droit, la gravité d’une accusation doit toujours être proportionnelle à la solidité des preuves qui l’accompagnent.
Accuser publiquement un haut mandataire de détournement sans démontrer : l’existence du paiement ; la réalité de l’encaissement ; la disparition effective des fonds ; ou une quelconque appropriation personnelle, revient à transformer le débat public en tribunal médiatique.
La justice se construit sur des faits vérifiables, des documents et des preuves tangibles, non sur des rumeurs amplifiées ou des campagnes émotionnelles sur les réseaux sociaux.
L’affaire « American Fresh Food » démontre aujourd’hui une réalité que nul ne se doit d’ignorer : la puissance de l’intoxication médiatique dans la fabrication de perceptions publiques. À force de répétitions, une accusation peut parfois sembler vraie aux yeux de l’opinion, même lorsqu’elle n’est soutenue par aucun élément matériel démontré publiquement.
Dans ce contexte, la prudence, l’objectivité et le respect de la présomption d’innocence restent essentiels.
Car au-delà de la personne de Bernard Kabese Musangu, c’est aussi la crédibilité du débat public congolais qui est en jeu.
