Le jugement de la Haute Cour Militaire, qui a condamné à mort, par contumace, l’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, continue de provoquer une vague de réactions aux niveaux national et international. L’une des voix les plus importantes à s’élever est celle du Dr Debora Kayembe, avocate, militante des droits de l’homme et figure intellectuelle respectée, qui a qualifié ce procès d’un « spectacle judiciaire » plutôt qu’un besoin réel de vouloir rendre justice.
En effet, depuis son ouverture, ce procès n’a cessé d’attirer l’attention, mais également de nourrir des questionnements. Aux yeux du Dr. Debora Kayembe, l’affaire a pris des allures théâtrales, où la recherche de vérité et de justice a été remplacée par une mise en scène politique et médiatique.
« Ce procès, depuis ses débuts jusqu’à son verdict, a ressemblé plus à un spectacle qu’à un réel besoin de rendre justice », a-t-elle déclaré, exprimant son profond regret.
Manque de sérieux et gaspillage des ressources publiques
Elle dénonce le manque de sérieux de cette procédure et ridiculise ce qu’elle considère comme un verdict grotesque rendu en l’absence du principal accusé, et les « honoraires exorbitants de 2 millions de dollars accordés aux avocats » dans un pays où, rappelle-t-elle, les urgences sociales et humanitaires sont criantes.
Pour elle, les fonds mobilisés pour un tel procès auraient pu être mieux orientés vers des priorités essentielles telles que la santé, l’éducation, la sécurité, ou encore la reconstruction des infrastructures de base. Dans un pays comme le nôtre, où « tout est une priorité » et où la population lutte chaque jour pour survivre, comment justifier un tel spectacle judiciaire financé par l’État ? » S’interroge-t-elle.
Une occasion manquée pour la réconciliation ?
Dr. Debora Kayembe ajoute que ce procès avait des connotations politiques et symboliques qui ont été complètement ignorées. Selon elle, les autorités Congolaises avaient ici l’occasion de transformer une crise en une opportunité de réconciliation et de cohésion nationale.
Dans sa lettre ouverte adressée au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, en date du 9 septembre dernier, elle appelait déjà à la sauvegarde de l’unité nationale face à ce procès. Elle y écrivait :
« Le Congo a aujourd’hui besoin de vérité et de justice, mais surtout de réconciliation pour contrer l’ennemi. » Insistait sur le fait que son message ne devait pas être perçu comme une complaisance envers l’impunité :
« Cette lettre n’est pas un plaidoyer pour l’impunité, mais un appel à la sagesse et à la responsabilité », écrivait-elle.
Déception et inquiétudes
Face à ce verdict, le Dr. Debora Kayembe exprime sa déception profonde. Elle estime que le pouvoir en place a privilégié la logique de confrontation au détriment de la paix et de la cohésion nationale.
« Ce procès devait être une opportunité de rassembler, mais il est fort probable que nous ayons perdu cette opportunité », déplore-t-elle.
Justice et politique : une frontière fragile
Le cas Kabila met une fois de plus en évidence la délicate frontière entre justice et politique en République démocratique du Congo. Pour le Dr. Kayembe, la justice doit rester un instrument de vérité et de réparation, et non un outil de règlement de comptes ou un théâtre où se jouent des batailles d’influence.

